Carnets de voyages en Italie et méditerranée

Tremblements dans la Botte : L’Italie et son activité sismique

En 2009 le tremblement de terre qui a ravagé l’Aquila et sa région avait déjà questionné sur la vulnérabilité de l’Italie face aux séismesBy enpasedecentrale [CC BY 2.0 (http://creativecommons.org/licenses/by/2.0)], via Wikimedia Commons

Le 30 octobre 2016 à 7H41, alors que chacun d’entre nous se préparait à descendre prendre le petit déjeuner dans notre Hôtel situé à deux pas du Ghetto de Rome, le temps s’est arrêté. Pendant une (grosse…) poignée de secondes chacun a eu le temps de se demander dans l’ordre :

Que se passe t’il ? Pourquoi mon lit bouge t’il, les placards grincent t’ils et les volets claquent-ils ?

Qu’est-ce que je dois faire ? Est-ce qu’il faut que j’enfile un pantalon avant de descendre à pied du quatrième étage dans la rue ?

Et enfin … Pourquoi est-ce si long ? Quand est-ce que ça va s’arrêter ? En bref, comme dirait l’un de nous (dont nous tairons le nom par pure charité…) : « Bon ben ça va … C’est bon on a compris maintenant… ça peut s’arrêter… »

Et puis, enfin, les tremblements cessent, nous nous appelons pour vérifier que ce n’était pas un rêve, et commençons à descendre à la salle où est servi le petit déjeuner et , là … stupéfaction… Le service est en cours comme si de rien était. Au lobby le personnel plaisante avec les touristes, chacun vaque à ses occupations. Tout juste avons nous appris un nouveau mot d’italien : terremoto.

Environ deux mois après l’épouvantable tremblement de terre qui a fait 300 victimes dans le centre du pays, notamment à Amatrice, la terre a de nouveau tremblé, pour la seconde fois de la semaine (mais n’avions pas ressenti à Rome le premier séisme) ; et, alors que nous sortons dans la rue, une fois englouti notre café et nos tartines, nous sommes à nouveau saisis par l’attitude de la population qui suit le cours de sa vie, sans préoccupation particulière, alors qu’une demi-heure auparavant des milliers de tasses de café ont du être renversées, et un bon peu de lustres de grand-mère endommagés.

C’est probablement ce fatalisme incroyable – ou cette résilience selon les points de vue – qui marque le plus notre différence avec nos voisins, et il suffit de s’imaginer une seconde la panique qui aurait envahit Paris après de telles secousses pour mesurer ce qui nous sépare.

 

 

 

 

L’origine des tremblements de terre en Italie

Pour comprendre schématiquement les éléments entrant en jeu dans la multiplication des séismes en Italie, il faut savoir que ces événements se produisent le plus souvent le long de la chaîne de montagnes des Apennins qui traverse la botte sur près de 1000 kilomètres et qui est le point de rencontre entre plusieurs plaques tectoniques :

Zones sismiques Italie

on s’aperçoit que le tracé révélé par les mesures des séismes en Italie suit le contour de la plaque adriatique et longe la chaîne des ApenninsSource : Protection civile italienne

Tout d’abord, longeant la péninsule à l’est jusqu’au sud de la Sicile se trouve la micro-plaque Adriatique qui glisse lentement sous la plaque eurasiatique.

La plaque adriatique s’étend sur tout l’est de l’Italie et descend jusqu’au sud de la SicileCrédit photos Domaine public – Nasa

Par ailleurs, la plaque eurasiatique entre elle-même en collision avec la plaque africaine.

En réaction aux pressions de ces différentes plaques la chaîne des Apennins, qui est un point de tension extrême, alterne les phases de compression et d’extension. Actuellement la chaîne s’étire en longueur et se fracture.

Cette vidéo des pompiers italiens montre l’impressionnante fissure apparue suite aux tremblements de terre d’octobre 2016

 

Toute cette zone est d’une grande instabilité géologique et les séismes n’en sont pas la seule manifestation, car l’Italie du Sud est également pourvue de la plus grande densité de volcans actifs en Europe : Etna, Vésuve, Stromboli, Champs Phlégréens (qui sont un cas à part).

Les tremblements de terre dans l’histoire italienne

Aussi loin qu’il soit possible de remonter il est possible de trouver trace de séismes dont l’un des premiers à être documenté est celui qui frappa Pompéi et Herculanum en 62.Le tremblement de terre détruisit de nombreux bâtiments dans cette région notamment connue pour être un lieu de villégiature apprécié par les riches familles romaines. En 79, lorsque l’éruption du Vésuve fit disparaître pour 1800 ans Pompéi et Herculanum, tous les bâtiments n’avaient pas encore été reconstruits…

En 442 ou 443 un tremblement de terre frappa Rome, endommageant le théâtre de Pompée, le Colisée et la Basilique Saint-Paul-Hors-les-Murs. Le Colisée fut également frappé à de nombreuses reprises au Moyen-Age, notamment en 847 et 1349, ce qui explique (en plus de la collecte de matériaux de construction qui s’ensuivit) son état actuel ou une grande partie de son extérieur a disparu.

Autre exemple, la fameuse et très puissante Abbaye du Mont-Cassin fut entièrement détruite en 1349 pour les mêmes raisons ; sa reconstruction achevée à la fin du 17 ème siècle elle fut à nouveau détruite en 1943 mais par un tout autre de type de séisme…

En 1456, à Naples, les églises de Santa Chiara et San Domenico Maggiore, et de nombreux autres édifices, furent gravement endommagés, la première y ayant perdu son campanile.

La liste est extrêmement longue et de mieux une mieux documentée à mesure que nous nous rapprochons de l’époque moderne, vers laquelle nous faisons un bond pour ne pas allonger l’inventaire des catastrophes.

Le 20ème siècle a débuté de manière funeste le 8 décembre 1908 pour ce qui est l’une des catastrophes naturelles les plus meurtrières de l’histoire de l’Europe. En effet le tremblement de terre, suivi d’un tsunami, qui frappa les deux rives détroit de Messine (qui sépare la Sicile du continent), détruisit les villes de Reggio di Calabre et de Messine, occasionnant entre 80000 et 200000 victimes selon les sources.

La vie continue

Les derniers événements en Italie ne font que confirmer que ce pays est toujours sujet à ces secousses et qu’il n’y a aucune chance que cela s’arrête demain. C’est peut-être une des raisons de cet état d’esprit des italiens pour qui la vie reprend toujours rapidement le dessus, et qui reconstruisent à chaque fois les bâtiments effondrés, bien souvent au même endroit et en espérant que la foudre ne les y frappe pas une seconde fois.

Il est aussi tentant de trouver dans cette histoire mouvementée une cause aux croyances locales (les mauvaises langues diront superstitions) si vivaces dans le sud du pays.

Certains habitants des zones sinistrées ont même vu un signe du destin dans le passage à l’heure d’hiver. En effet, si vous avez bien tout retenu, le séisme du 30 octobre 2016 à eu lieu à 7H41 heure d’hiver … le changement d’heure ayant eu lieu dans cette même nuit, envoyant plusieurs personnes sur le chemin de l’école ou du travail quelques minutes avant l’effondrement de leur maison.

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