Carnets de voyages en Italie et méditerranée

Amalfi, la brillante et improbable République Maritime

Le Duomo d'Amalfi vu depuis la place centrale
Le Duomo d'Amalfi vu depuis la place centrale

La splendide Cathédrale d’Amalfi, richement décorée, et son grand escalier donnent une idée de la splendeur passée de la République Maritime d’AmalfiCrédit photos www.viaggio-italia.fr sous licence Creative Commons

Même sur la place qui fait face au majestueux Duomo,  il est bien difficile de nos jours d’imaginer que Amalfi, cette petite ville de 6000 habitants à 70 kilomètres de Naples et 20 kilomètres de Salerne, fut il y a bien longtemps, une place forte du commerce et de la marine en Europe, et même au-delà. Cette ville coincée entre des montagnes culminant à plus de 1200 mètres et la mer, qui a donné son nom à la côté amalfitaine, est désormais le rendez-vous des stars et de ceux qui cherchent hors saison le calme et la beauté, nous propose aujourd’hui encore, malgré l’afflux des visiteurs, de très belles découvertes.

 

 

 

 

 

 

Petite histoire d’Amalfi

fresque cloître de la cathédrale d'Amalfi

Des fresques décorent le tour du cloître du Duomo d’Amalfi dans chacune des chapelles. Cette « Crucifixion » est l’œuvre de Roberto Doderiso, un peintre napolitain majeur du Trecento, grandement inspiré par GiottoCrédit photos www.viaggio-italia.fr sous licence Creative Commons

Les origines d’Amalfi

Les origines d’Amalfi ne sont pas très documentées et ne sont pas antérieures à l’Empire Romain. Amalfi fut d’abord une petite ville de pêcheur accrochée à sa falaise, vivant chichement de la pêche, d’une maigre agriculture, sans accès terrestre au reste du monde.

Le vrai point de départ de l’histoire d’Amalfi fut la reconquête par Byzance de l’Italie autour du 6ème siècle. Dès lors le développement de la ville s’accélère et dès la fin du 6ème siècle Amalfi compte un évêque, puis s’entoure de fortifications. Amalfi restera, comme ses voisines Naples et Salerne, sous la domination (lointaine …) de Byzance jusqu’à la conquête par les normands de l’Italie du Sud à la fin du 11ème siècle.

L’apogée de la République maritime d’Amalfi, les Tables amalfitaines

Porte en bronze duomo d'Amalfi

Ce portail en bronze fut réalisé à Byzance au début du 11ème siècle puis offert à la République Maritime d’Amalfi où il trouva sa place dans la nouveau Duomo. Un cadeau aussi somptueux en provenance de l’Empire Byzantin en dit long sur le prestige d’Amalfi autour du 10ème au 13 ème siècles.Crédit photos www.viaggio-italia.fr sous licence Creative Commons

Amalfi doit sa réussite entre les 9ème et 12ème siècle à la qualité de ses marins et de ses commerçants, profitant à plein du réseau et de la protection offerts par l’Empire Byzantin, installant des comptoirs aussi bien à Byzance qu’à Alexandrie ou au Mont Athos, commerçant avec les chrétiens et les musulmans, développant un commerce de produits de luxe à destination de Naples et de Rome, transportant les pèlerins chrétiens en Terre Sainte.

Les témoignages de la puissance commerciale et maritime d’Amalfi sont nombreux parmi lesquels les fameuses Tables d’Amalfi qui constituèrent jusqu’au 16ème siècle (!!!) le code maritime principal appliqué en méditerranée, le fait qu’Amalfi fut l’une l’une des premières Cités à frapper une monnaie en or à une époque où le troc était encore le principal outil d’échange, ou encore le fait que la première boussole apparue en occident fut l’œuvre d’un citoyen d’Amalfi.

Le déclin et la redécouverte d’Amalfi

L’épopée des normands de Robert Guiscard marqua le début du déclin de la Cité qui perdit l’essentiel de son autonomie et fut supplantée par les autres Républiques Maritimes italiennes (Gènes, Pise et Venise).

Amalfi, bien que ces chantiers navals continuaient à produire une part importante de la flotte de Naples, n’était plus une place forte du commerce en méditerranée; les normands afin de bien asseoir leur autorité déplacèrent même l’évêché d’Amalfi à Ravello, une ville qui lui était auparavant inféodée.

Le coup de grâce pour la riche Cité maritime fut le raz de marée de 1343 qui détruisit 80 % de la ville et la propulsa dans un anonymat de plusieurs siècles; elle qui gouverna à son apogée un territoire allant de Ravello à Capri en passant par Positano, avec des possessions importantes dans les terres de la presqu’île de Sorrente, une population de 70000 habitants et des comptoirs commerciaux dotés d’une grande autonomie dans les plus grandes villes du pourtour méditerranéen.

La «redécouverte» d’Amalfi et de la côte amalfitaine vint au 18ème, et plus encore au 19ème siècle, où des princes puis de riches industriels vinrent y établir leur villégiature (ainsi qu’à Positano et Ravello).

Découvrir Amalfi aujourd’hui

Porte de ville d'Amalfi

Une des portes de ville d’Amalfi qui mène du front de mer à la vieille ville.Crédit photos www.viaggio-italia.fr sous licence Creative Commons

Se rendre à Amalfi

La côte amalfitaine dans son ensemble est difficile d’accès, une seule route côtière étroite dessert toutes ses villes. Dès lors il est possible de s’y rendre soit en bus depuis Sorrente ou Salerne (qui sont notamment reliées à Naples par le train: le Circumvesuviana pour Sorrente et la Flesca Rossa pour Salerne), soit en voiture de location – ce qui ne peut être une solution que hors saison tant la circulation y est impossible en été et nécessite en toute période un sang froid et une sobriété irréprochables-, soit en réservant une excursion auprès d’organismes de confiance (n’hésitez à nous contacter à ce sujet!).

Il est par ailleurs possible de passer plusieurs jours sur la côte amalfitaine afin d’en profiter pleinement et de la découvrir à votre rythme.

Le Duomo d’Amalfi et le complexe monumental Saint André d’Amalfi

Cloître Duomo Amalfi

Le cloître typiquement mauresque d’Amalfi n’est autre que l’ancien cimetière des nobles d’AmalfiCrédit photos www.viaggio-italia.fr sous licence Creative Commons

Le principal et incontournable ensemble monumental d’Amalfi est constitué par la Cathédrale de Saint-André (le Duomo), le cloître du Paradis, la Musée Diocésain et la crypte abritant les restes de l’apôtre Saint André, frère de Saint Pierre et évangélisateur de la Grèce.

Lorsqu’on entre dans Amalfi par la Porte Marine on aboutit sur la place du Duomo, présente sur toutes les cartes postales de la ville, et comment ne pas ressentir une émotion devant cet ensemble majestueux, mêlant les styles byzantins, arabes, normands. On ne peut s’empêcher de penser en gravissant l’escalier monumental que cet ensemble était fait pour impressionner le visiteur, lui montrer la richesse et la puissance d’Amalfi. Un chroniqueur arabe du 10ème siècle résumera ainsi son sentiment :

« …[Amalfi est] la ville la plus prospère de Lombardie, la plus noble, la plus illustre de par sa condition, la plus vivante et la plus riche. Le territoire d’Amalfi est voisin de celui de Naples, belle ville aussi mais moins considérable qu’Amalfi. »

Ibn Hawqal en 977

La visite du complexe monumental débute par le somptueux Cloître du Paradis de style mauresque, construit autour de l’ancien cimetière des nobles d’Amalfi. Le déambulatoire s’articule autour d’arcs croisés et de 120 colonnes de type oriental qui enserrent un jardin luxuriant, tout ici fait penser à l’Orient. Le tour du Cloître est composé de Chapelles ornées de belles fresques, de mosaïques, de marbres et de sarcophages.

On pénètre ensuite dans ce qui fut la première Cathédrale d’Amalfi, bâtie autour du 9ème siècle, et qui abrite aujourd’hui le Musée Diocésain. L’ensemble fut agrandit au 10ème siècle, puis remanié à la mode baroque. Il est aujourd’hui possible d’admirer quelques unes des superbes fresques de l’église originelle, là ou le revêtement ultérieur a été ôté.

Vient ensuite la descente vers la Crypte de Saint André, considérée comme le cœur d’Amalfi car elle abrite les restes du Saint Patron de la Ville, premier apôtre de Jésus, décédé en Grèce et qui fut transféré à Amalfi en 1208. L’aspect actuel de la Crypte est celui donné sous l’impulsion du Roi espagnol Philippe III au 17ème siècle : fresques représentant la passion du Christ, décorations en marbre, en stuc, un maître-autel spectaculaire et une statue en bronze de Saint André.

Enfin le parcours nous fait remonter vers la Cathédrale proprement dite bâtie à partir du 11ème siècle, remaniée aux 13 siècle puis au 17ème siècle (auquel elle doit sa décoration baroque et les fresques d’un élève de Solimena relatant la vie de Saint André). La Chapelle de droite abrite une partie du crane de l’apôtre afin que les fidèles puisse le prier. En sortant de la Cathédrale arrêtez-vous devant l’impressionnante porte en bronze fondue à Byzance et acheminée à Amalfi aux alentours de l’an 1000 par un riche marchand amalfitain établi dans la capitale de l’Empire.

Pour la suite de la visite, rien de tel que de se laisser perdre dans les rues de la vieille ville, de pousser les portes des églises, de visiter le musée du papier d’Amalfi, qui fut une grande spécialité de la ville, installé dans une ancienne papeterie.

 

Fresque basilique Amalfi

La Basilique du Crucifix qui fut l’ancienne Cathédrale d’Amalfi abrite aujourd’hui le Musée Diocésain. La basilique a été agrandie au Xème siècle puis remaniée dans un style baroque, mais laisse apparaître par endroits de superbes fresques là où le parement baroque a été retiré.Crédit photos www.viaggio-italia.fr sous licence Creative Commons

 

Un restaurant à Amalfi, le Ristorante Da Maria

Comme dans beaucoup de lieux touristiques, il est difficile de trouver un endroit pour se restaurer à bon compte avec des mets typiques et savoureux. Dès l’arrivée à Amalfi, avant même de franchir la porte de ville, on s’aperçoit que les pizzerias et les trattorias sont légion, que les cartes sont plus ou moins standardisées et les prix gonflés pour une clientèle en short pas trop regardante. Cette offre destinée à un tourisme de passage ne fait d’ailleurs pas forcément le bonheur des restaurateurs qui vous expliqueront sans fausse pudeur pourquoi ils ne proposent pas la cuisson du poisson en croûte de sel comme il est de bon ton par ici:

«nous l’avons retiré de la carte, parce que pour réussir un poisson en croûte de sel il faut au minimum 40 minutes de cuisson. Et aujourd’hui les touristes sont déjà repartis à peine arrivés. Il prennent une pizza, une salade, un coca et repartent aussi sec. L’après midi lorsque le four à pizza est éteint mais que nous proposons des plats de pâtes et de poisson, ils passent leur chemin en râlant».

Diantre … mais comment faire alors ?

Et bien rendez-vous au Ristorante da Maria, à gauche sur la place lorsque vous êtes face au Duomo.

D’entrée vous comprendrez pourquoi le restaurant s’appelle Da Maria : les murs sont couverts de représentations de la Vierge Marie, de tous les styles, du plus classique au plus contemporain et au plus kitch.

Comme de bien entendu, Da Maria propose trois pages de pizze, que nous n’avons pas testées, les incontournables salades caprese et autres plats tout-venants. Par contre il est vivement conseillé de s’intéresser aux poissons préparés par la maison avec un soin et un savoir-faire remarquables; lors de notre passage le poisson du jour était un petit thon endémique de la côte (la Palamido, une sorte de bonite) préparé soit en filet au four soit mijoté au court-bouillon avec huile d’olive, câpres et tomates cerises… un pur régal qui récompense largement l’attente, car le poisson est préparé à la commande.

Comme le service est en plus attentionné, efficace, et même amical il n’y a pas d’hésitation à avoir: tous chez Da Maria, et n’oubliez pas de prendre la photo de Saint-André gracieusement offerte par la maison!

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