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Autour de la Piazza Mercato, les vestiges de la Naples médiévale

Via del Lavianaio à Naples
Via del Lavianaio à Naples

Les rues qui mènent du Corso Umberto à la Piazza Mercato montrent le visage d’une Naples populaire inconnue des touristes et de beaucoup de napolitains, et pourtant une grande banderole « benvenuto al Mercato » vous accueille dès que vous quittez le grand boulevard. Alors ? On y va ?Crédit photos www.viaggio-italia.fr sous licence Creative Commons

Voici un quartier de Naples dont on ne parle jamais, où jamais un groupe de touristes ne risquera d’y aventurer son Pullman ; commençant à deux pas de la Gare Centrale et coincé entre le long et rectiligne Corso Umberto et la zone portuaire ; le quartier du Mercato est l’un des plus populaires, par endroit des plus délabrés de Naples, et probablement l’un des plus intéressants ! Suivez-nous, sans crainte autour de la Piazza Mercato sur les traces de la Naples médiévale.

 

 

 

 

 

La vie chaotique du quartier Mercato

La Via del Lavinaio à Naples

La Via del Lavinaio qui vous mène à la Piazza Mercato mélange allègrement immeubles délabrés impossible à dater, échoppes colorées qui débordent sur la rue, enfants turbulents, ombre et lumière… C’est avec le quartier de la Sanita et le quartier Espagnol l’un des vrais cœurs battants de la Naples populaireCrédit photos www.viaggio-italia.fr sous licence Creative Commons

Le quartier du Mercato est aujourd’hui hors des parcours touristiques, hors du centre historique classé de Naples, loin du regard de tous et pourtant tout de suite on est saisi par sa vie sans fard. Les immeubles qui longent ces rues sont autant de défis aux amateurs de Tetris et de Sim City : on imagine facilement que tel portail est médiéval et que se sont greffés au fil des siècles de nouveaux étages, de nouveaux aménagements. En glissant respectueusement votre regard dans les cours des immeubles vous y verrez une image de ce que devait être une grande ville du sud de l’Europe il y a plus de 500 ans.

Intérieur de la Basilique Santa Maria del Carmine de Naples

L’intérieur de la Basilique gothique Santa Maria Del Carmine a été en grande partie décorée à la mode du baroque napolitain entre 1753 et 1766. De cette période baroque il reste également de nombreuses œuvres des plus grands artistes napolitains de l’époque : Mattia Preti, Francisco Solimena, ou encore Luca Giordano.Crédit photos www.viaggio-italia.fr sous licence Creative Commons

Si votre courage vous a porté jusqu’au bout de la Via del Lavinaio vous verrez se dresser vous un campanile couvert d’échafaudages erratiques, posé sur un parking disgracieux, jouxtant ce qui ressemble à l’une quelconque des trois cents églises de Naples. Et pourtant, se dresse devant vous l’un des plus importants édifices de Naples sous la domination des Rois Angevins, l’un de ces plus beaux vestiges gothiques : la Basilique Santa Maria del Carmine Maggiore.

 

La Basilique majeure des Rois Angevins : Santa Maria del Carmine

La sacristie de Santa Maria del Carmine à Naples

La décoration de la sacristie a été conçue par l’architecte napolitain Nicola Tagliacozzi Canale, les scènes dans les médaillons sont de Francesco Solimena.Crédit photos www.viaggio-italia.fr sous licence Creative Commons

Pour se convaincre de l’importance du lieu il suffit de pousser la porte et de se rendre compte de sa richesse proprement inouïe.

La sacristie de Santa Maria del Carmine à Naples

La décoration de la sacristie a été conçue par l’architecte napolitain Nicola Tagliacozzi Canale, les scènes dans les médaillons sont de Francesco Solimena.Crédit photos www.viaggio-italia.fr sous licence Creative Commons

Santa Maria del Carmine avant d’être isolée de la Piazza Mercato, par un immeuble hideux et un parking, dominait celle-ci qui était le centre de la vie de la Naples populaire au Moyen-Age, où se déroulaient tant les marchés (du fait de la proximité du port) que les grandes manifestations ou les exécutions publiques, comme ce fut le cas lors de la révolte de Masaniello au 17ème siècle ou de la République Parthenopéenne au 18ème siècle.

 

Rostre d'un poisson Scie, Santa Maria del Carmine

Littéralement : « Le rostre denté d’un énorme monstre marin (…) » vaincu en mer de Sicile et offert à la Madone del Carmine en 1573.Crédit photos www.viaggio-italia.fr sous licence Creative Commons

Salle des ex-voto de Santa Maria Del Carmine à Naples

Les ex-voto prennent aussi la forme de plaques argentées, disposées dans le corridor autour du cœur de Santa Maria del CarmineCrédit photos www.viaggio-italia.fr sous licence Creative Commons

Salle des ex-voto de Santa Maria Del Carmine à Naples

Tout autour du cœur de la Basilique Santa Maria del Carmine un déambulatoire permet d’exposer les offrandes (ex-voto) faites par les fidèles ou les confréries; ici une grande collection de petites tableau naïfs des 19ème et 20ème siècles mettent en scènes la Madone del Carmine dans la vie du quartier Crédit photos www.viaggio-italia.fr sous licence Creative Commons

Cette Basilique, dont la visite est entièrement gratuite, vous offrira mille surprises parmi lesquelles des toiles des plus grands maîtres du baroque napolitain, la tombe du Roi Conradin exécuté lors de la prise de pouvoir de Charles 1er d’Anjou, des collections d’ex-voto plus surprenants les uns que les autres.

Statue de Conradin à Santa Maria Del Carmine, Naples

Conradin, le dernier descendant légitime de la lignée des Hohenstaufen est enterré dans la Basilique Santa Maria Del Carmine. Il fut décapité sur la Piazza Mercato de Naples sur ordre de Charles d’Anjou (qui avait été appelé par le Pape pour supplanter les Hohenstaufen à Naples et en Sicile) alors qu’il était âgé de 16 ans; cette exécution révulsa l’Europe entière, y compris les ennemis des Hohenstaufen. Crédit photos www.viaggio-italia.fr sous licence Creative Commons

La Piazza Mercato, au cœur de la vie de la Naples médiévale

Piazza Mercato Naples

La Piazza Mercato fut au Moyen Age le cœur de Naples, suivant la volonté des Rois angevins, elle fut également le lieu de la répression de la révolte de Masaniello au 17ème siècleCrédit photos www.viaggio-italia.fr sous licence Creative Commons

En ressortant de Santa Maria del Carmine dirigez vous vers la Piazza Mercato et regardez autour de vous à 360 degrés pour découvrir cet enchevêtrement hétérogène comprenant un immeuble gigantesque attestant de la reconstruction de Naples après la seconde guerre mondiale, produit de la corruption et du mauvais goût (voir à ce sujet le film Main basse sur la ville), une église du 18ème siècle, fermée pour cause de bombardements en 1943/44 et de tremblement de terre en 1980, étonnante par sa coupole byzantine anachronique, et, au fond, ces immeubles imbriqués qui évoquent certaines cités du Moyen-Orient.

Sant’Eligio Maggiore, une Église typique du gothique français

Façade de l'Eglise Sant'Eligio Maggiore à Naples

L’Église Sant’Eligio Maggiore, comme Santa Maria del Carmine a été construite par les Rois angevins de Naples, dans un style typiquement gothiqueCrédit photos www.viaggio-italia.fr sous licence Creative Commons

Sur la gauche de la place apparaît le forme massive d’une autre église gothique, la première bâtie par les rois angevins au 13ème siècle : Sant’Eligio, c’est à dire Saint Éloi.

intérieur de l'Eglise Sant'Eligio à Naples

Contrairement à sa voisine, la basilique Santa Maria Del Carmine, l’Église Sant’Eligio a conservé son caractère typiquement gothique françaisCrédit photos www.viaggio-italia.fr sous licence Creative Commons

À la différence de Santa Maria del Carmine, l’Église Sant’Eligio a retrouvé son ornementation gothique française après le bombardement du quartier en 1943, y compris à l’intérieur: plus de stuc, plus de dorures, la pierre brute, et quelques vestiges de fresques sur les murs et colonnes qui témoignent de ce que devait être la décoration des cathédrales gothiques en France au Moyen-Age.

fresque Sant'Eligio Maggiore Naples

Cette fresque de L’Église Sant’Eligio Maggiore, miraculeusement parvenue jusqu’à nos jours, nous rappelle que les églises et cathédrales gothiques étaient le plus souvent décorées et colorées, contrairement à ce que les façades brutes et uniformes actuelles laissent à penser.Crédit photos www.viaggio-italia.fr sous licence Creative Commons

En ressortant ne manquez pas l’arc de Saint Éloi qui fut ajouté au 15ème siècle pour réunir le campanile à l’Église proprement dite, orné d’un bel Horloge .

Arc de Saint Eloi, Naples

Au 15ème siècle l’arc de Saint Éloi (Sant’Eligio en français…), orné d’un horloge ,est ajouté pour relier l’église Sant’Eligio à son campanileCrédit photos www.viaggio-italia.fr sous licence Creative Commons

Sous les décombres ? Encore une Église, mais Romane celle-ci!

Eglise San Giovanni a Mare Naples

Quelques mètres après la spectaculaire église Sant Eligio, une grille métallique sans charme cache quelques marches, des échafaudages et des bâches en plastique craquelées par le soleil et la pluie… Une porte… et soudain une église gothique du 12ème siècle entièrement restaurée… invisible de la rue… Tout le charme du quartier du Mercato est ici résumé ! Crédit photos www.viaggio-italia.fr sous licence Creative Commons

Une trentaine de mètres plus loin, dans une ruelle anonyme, poussez une grille non moins anonyme, descendez quelques marches (vers le niveau médiéval de la rue…) au milieu d’échafaudages et de bâches, poussez une porte quelconque et soyez les bienvenus dans… une autre Église, le plus important édifice Roman de Naples, coincée dans les immeubles d’habitations et à peine indiquée bien qu’elle ait été entièrement réhabilitée après les bombardements de 1943, la Chiesa di San Giovanni a Mare.

L’aventure se termine ici, vous n’avez plus qu’à poursuivre tout droit vers le quartier des orfèvres, remonter sur le Corso Umberto, et aborder la visite du quartier universitaire vers les Decumanii, mais c’est une autre histoire…

 

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