Carnets de voyages en Italie et méditerranée

Le Caravage, l’itinéraire impossible d’un génie impétueux

Portrait du Caravage à la craie
Portrait du Caravage à la craie

Portrait du Caravage à la craie sur papier, par Ottavio Leoni vers 1621, soit 11 ans après la mort du maîtreOttavio Leoni [Public domain], via Wikimedia Commons

Michelangelo Merisi est mort tristement, comme n’importe quel quidam du 17ème siècle, sur une plage écrasée par le soleil de l’été à Porto Ercole, le 18 juillet 1610 à l’age de 38 ans. Cette fin misérable au bout d’une courte vie, marquée par tous les excès et par la fuite, ajoute encore à la légende de celui qui sous le nom de Caravage est de nos jours l’un des artistes les plus adulés. Plus qu’à l’étude de son œuvre, que nous laisserons volontiers aux spécialistes chevronnés, nous allons nous attacher à retracer le parcours (stricto sensu) qui mena ce jeune homme à la fois génial et fougueux de Milan à Malte, en passant par Rome et Naples, jusqu’à cette plage plage de Toscane…

 

 

 

 

 

 

 

L’enfance et le formation de Michelangelo Merisi

La Corbeille de fruits (1596) du Caravage, exposée à la Bibliothèque Ambrosina de Milan, nous montre une allégorie du cycle de la vie dan un trompe l’œil étonnant de réalisme, et à hauteur de regard

La Corbeille de fruits (1596) du Caravage, exposée à la Bibliothèque Ambrosina de Milan, nous montre une allégorie du cycle de la vie dan un trompe l’œil étonnant de réalisme, et à hauteur de regardCaravaggio [Public domain], via Wikimedia Commons

Michelangelo Merisi naît probablement à Milan en 1571, fils d’un maçon réputé dont la famille est originaire d’un village de la région : Caravaggio ; il grandit avec ses parents et ses frères à Milan jusqu’en 1576 où la famille fuit la Grande Peste et va se réfugier dans le village familial de Caravaggio, non sans que son père n’en soit victime. En 1584, Michelangelo suit sa famille qui retourne s’installer à Milan où il intègre l’atelier d’un disciple du Titien pour un contrat d’apprentissage de 4 ans : Simone Peterzano. C’est dans cet atelier que celui qui sera appelé Le Caravage, en référence au village d’origine de sa famille, apprendra la technique et découvrira les écoles de peinture milanaise, vénitienne, et pourra également découvrir le travail de Leonardo Da Vinci qui séjourna à Milan près d’un siècle plus tôt.

 

L’arrivée à Rome et le début de la notoriété

Le jeune Bacchus Malade est autoportrait du Caravage réalisé à Rome alors qu'il travaille à l'atelier du Cavalier d'Arpin vers 1593

Le jeune Bacchus Malade est autoportrait du Caravage réalisé à Rome alors qu’il travaille à l’atelier du Cavalier d’Arpin vers 1593Caravaggio [Public domain], via Wikimedia Commons

À 20 ans, en 1592, Michelangelo, qui maîtrise désormais les technique de la peinture, part seul chercher fortune à Rome où il trouve rapidement une place dans l’atelier d’Antiveduto Grammatica qui lui confie le soin de réaliser des copies pour les collectionneurs peu fortunés… Mais c’est l’année suivante qu’il rejoint un atelier autrement plus prestigieux, celui du Cavalier d’Arpin, un peintre très en cours notamment pour son art de la fresque. Dans l’atelier du Cavalier d’Arpin Merisi se voit cantonné à la réalisation des guirlandes, des fleurs et des fruits, ce qui ne manque pas de nourrir la frustration de ce caractère volcanique, mais aussi sa créativité comme en atteste La Panier de Fruits, qui révolutionne (déjà!) l’art de la nature morte et annonce les audaces à venir.

À Rome, Le Caravage fréquente les tavernes, les prostituées et ne rate pas une occasion d’être pris dans une rixe, se taillant déjà la réputation de mauvais garçon qui le poursuivra jusqu’à nos jours

C’est durant cette période que Michelangelo Merisi peint ses premières œuvres romaines sous la forme de portraits : Le Jeune Bacchus malade (un autoportrait…), le Garçon avec un panier de fruits et le Bacchus, qui obtiennent un certain succès d’estime. Cependant, le caractère tempétueux du jeune homme le conduit à un séjour à l’hôpital et probablement à se brouiller avec le Cavalier d’Arpin de sorte que leur collaboration prend fin.

La reconnaissance du Caravage à Rome

Tableau du Caravage à Saint Louis des Français à Rome

L’Église Saint Louis des Français qui abrite, entre autres chefs-d’œuvre, la trilogie du Caravage sur Saint Matthieu, fait partie des Pieux Établissements de la France à Rome et à LoretteBy Michelangelo Merisi da Caravaggio [Public domain], via Wikimedia Commons

Dès lors, Le Caravage doit, pour survivre, vendre ses œuvres par lui-même et chercher un ou plusieurs mécènes, ce qui l’amènera à obtenir des commandes importantes pour la Madeleine repentante, le Repos pendant la fuite en Égypte et la Diseuse de bonne aventure ; c’est le début de la reconnaissance qui sera totale lorsqu’en 1595 le Cardinal Del Monte lui passera sa première commande.

Le Cardinal Del Monte aura une importance majeure dans l’explosion de la réputation du Caravage car, en plus de lui commander des tableaux à son propre usage, il lui obtient la commande de trois tableaux pour la Chapelle Contarelli de Saint Louis des Français sur la vie de Saint Matthieu :

c’est la première fois que Le Caravage sera accessible au peuple et le succès est fulgurant, suivi d’une commande pour Santa Maria del Popolo avec la Conversion de Saint Paul et le Crucifiement de Saint Pierre.

Oeuvres du Caravage à l'Eglise Saint Louis des Français de Rome

La Vocation de Saint Matthieu du Caravage fait partie du triptyque sur la vie de Saint Matthieu peint par le Caravage pour la Chapelle Contarelli de l’Église Saint Louis des Français à Rome.By Michelangelo Merisi da Caravaggio [Public domain], via Wikimedia Commons

Nous sommes en 1601 et le succès du Caravage ne se démentira plus : le public et les collectionneurs découvrent une peinture qui brise tous les codes, les corps prennent vie, la lumière se fait rare, la violence est montrée sans fard, les figures bibliques s’humanisent, les angelots ont disparus, la sensualité et l’ambiguïté sont parfois outrageants, les scènes sont d’une intensité et d’un réalisme jamais vu.

Jusqu’à… jusqu’à … la rixe de trop !

En effet, Michelangelo Merisi, malgré le succès, n’a pas perdu ses habitudes et continue à fréquenter tavernes et prostituées et cultive l’art d’être souvent au mauvais endroit au mauvais moment. En mai 1606 Le Caravage est blessé lors d’une rixe où il tue son adversaire, et s’enfuit immédiatement de Rome afin d’échapper aux poursuites : direction Naples, alors sous domination espagnole.

L’exil, de Naples à Malte en passant par la Sicile

Les Sept Oeuvres de Miséricorde , Le Caravage

à Naples, Le Caravage rencontre le succès et produits quelques unes de ses plus grandes œuvres, telles « Les 7 Œuvres de Miséricorde », visible à la Pinacothèque du Pio Monte Misericordia.Caravaggio [Public domain or Public domain], via Wikimedia Commons

L’exil du Caravage est un crève-cœur et il n’aura de cesse dans sa fuite d’attendre un signe de pardon du Pape pour pouvoir regagner Rome, sa ville d’adoption.

Pourtant le passage du Caravage à Naples est marqué par une période d’intense créativité avec des œuvres majeures : La Flagellation du Christ et, surtout, Les Sept Œuvres de Miséricorde, peint pour le Pio Monte Misericordia, qui démontre une fois de plus toute la maîtrise et la dramaturgie de son œuvre.

La Cathédrale Saint John de la Valette abrite deux œuvres du Caravage dont La Décollation de saint Jean-Baptiste

La Cathédrale Saint John de la Valette abrite deux œuvres du Caravage dont La Décollation de saint Jean-Baptiste Caravaggio [Public domain or Public domain], via Wikimedia Commons

Au bout de quelques mois à Naples, Le Caravage reprend sa route, au début de 1607, pour Malte où il va se placer sous la protection du Grand Maître de l’Ordre de Malte, Le Chevalier de Vignancourt.

Saint Jérôme écrivant, l'un des chefs-d’œuvre du Caravage et l'une des pièces majeures de la Galerie Borghese à Rome

Saint Jérôme écrivant, l’un des chefs-d’œuvre du Caravage et l’une des pièces majeures de la Galerie Borghese à Rome Caravaggio [Public domain], via Wikimedia Commons

À Malte les commandes continuent à affluer comme en témoignent Saint Jérome écrivant, La décollation de Saint jean baptiste ou le portrait du Chevalier de Vignancourt ; Le Caravage est même fait Chevalier de l’Ordre en juillet 1608. Mais, là encore, la situation dégénère rapidement et le peintre fait un nouveau séjour en prison suite à une nouvelle rixe… Le Caravage s’échappe de la prison, est déchu de son tire de Chevalier de l’Ordre de Malte et fuit en Sicile.

En 1608, fuyant Malte où il a été condamné pour violences, Le Caravage arrive en Sicile à Syracuse où il obtient une commande pour la Basilique Santa Lucia al Sepolcro : L'enterrement de Sainte Lucie

En 1608, fuyant Malte où il a été condamné pour violences, Le Caravage arrive en Sicile à Syracuse où il obtient une commande pour la Basilique Santa Lucia al Sepolcro : L’enterrement de Sainte LucieBy Michelangelo Merisi da Caravaggio [Public domain], via Wikimedia Commons

Il débarque d’abord à Syracuse où il reste quelques mois, le temps de produire notamment l’Enterrement de Sainte Lucie, puis se rend à Messine où il laisse deux œuvres dont la superbe Adoration des Bergers, qui a fait l’objet d’une spectaculaire restauration à Rome en 2010 avant de regagner le Musée Régional de Messine,

En 1609, il passe quelques mois à Palerme où il produit La Nativité ; tableau qui fut volé par deux hommes, à l’aide d’un couteau, en 1969 et ne fut jamais retrouvée. En 2015, un clone de la Nativité repris place à l’Oratorio San Lorenzo de Palerme grâce aux prouesses des dernières technologies et à de généreux mécènes…

Le retour à Naples et la fin …

En 1609 Le Caravage retourne à Naples, où il achève ou modifie quelques toiles laissées en plan 3 ans plus tôt et réalise quelques nouvelles commandes, dont La Martyre de Sainte Ursule (1610) qui est sa dernière toile connue, visible au Palazzo Zevallos, qui abrite les collection de la Banque Intesa SanPaolo

En 1609 Le Caravage retourne à Naples, où il achève ou modifie quelques toiles laissées en plan 3 ans plus tôt et réalise quelques nouvelles commandes, dont La Martyre de Sainte Ursule (1610) qui est sa dernière toile connue, visible au Palazzo Zevallos, qui abrite les collection de la Banque Intesa SanPaoloCaravaggio [Public domain], via Wikimedia Commons

1609 fut également l’année du retour du Caravage à Naples, qui espérait toujours obtenir via ses soutiens la grâce du Pape et la possibilité de revenir à Rome pour reprendre le cours de sa vie. C’est à Naples qu’il produira ces dernières œuvres, tel le Martyre de Sainte Ursule en 1610 qui démontre que sa créativité n’a pas souffert de sa vie tumultueuse et où il se représente pourtant hagard et livide… S’agit-il d’une prémonition ? Cette toile fut, en l’état des connaissances, la dernière produite par Michelangelo Merisi.

En effet, ayant appris que le Pape envisageait de la gracier, il se remet en route pour gagner une enclave espagnole proche de Rome, Porto Ercole, où il trouvera la mort épuisé ou malade, sur la plage ou à l’hospice … mais seul ce 18 juillet 1610, alors qu’effectivement le Pape venait d’accepter sa grâce, ce qu’il ne sut jamais.

La carte interactive du parcours du Caravage

 

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